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Les Invisibles - Documentaire (2012)

Les Invisibles - Documentaire (2012)

Les Invisibles - Documentaire (2012)

Documentaire de Sébastien Lifshitz 1 h 55 min 28 novembre 2012

Des hommes et des femmes, nés dans l'entre-deux-guerres ; ils n'ont aucun point commun sinon d'être homosexuels et d'avoir choisi de le vivre au grand jour, à une époque où la société les rejetait. Ils ont aimé, lutté, désiré, fait l'amour. Aujourd'hui, ils racontent ce que fut cette vie insoumise, partagée entre la volonté de rester des gens comme les autres et l'obligation de s'inventer une liberté pour s'épanouir. Ils n'ont eu peur de rien...

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J'ai la grace d'avoir un ami qui n'a pas réellement aimé ce film. Ce qui me permet de reconnaître non en quoi je l'ai apprécié, mais les limites critiques de cette appréciation.

Je suis ressorti léger léger de ce petit bout de cinéma, dont j'ai aimé le rythme et le montage, qui semble parfois bateau, mais en apparence à mon sens seulement - à la hauteur du propos : une forme de proximité sans commentaire dans la sympathie avec les personnes qu'il nous donne à rencontrer, bribes lumineuses d'un espace où quelque chose se dit (ce qui est assez rare) et beaucoup se cache et beaucoup encore reste caché du fait de la nature du regard porté. Film témoignage plus que reportage, "Les invisibles" vaut pour ce qu'il dit et montre, pour ce qu'il tait par pudeur, pour ce qu'il n'aborde pas.

On peut regretter la photographie presque maniérée de certaines natures mortes, le temps immobile des paysages, les métaphores faciles - mais ancrées toujours dans le propos même des témoins. Je pense quant à moi que si la préciosité n'est pas totalement absente de ce cinéma-là, elle participe au propos dans quelque chose d'une maladresse enfantine (sérieuse et naïve à la fois). Que je puisse l'apprécier, cela en dit plus sur cette façon que j'ai de naïvement chercher ce qu'il y a de lumineux dans les gens, mon appétit pour l'intime et bien évidemment ma très-écœurante hyper-sensibilité.

On peut s'inquiéter que ce soit une oeuvre, somme toute, de construction mythologique. Tournée sur le passé, elle ne dira rien des luttes récentes, rien du sida, rien des vieillesses difficiles ou aigries. Et l'on n'y voit pas de gens issus de l'immigration non plus - peut-être fallait-il trouver des gens qui acceptent de témoigner, il est vrai. Le témoignage est partiel, et surtout la chronique d'un certain regard un tantinet nostalgique. La mythologie qu'il pose est aussi celle d'une certaine France, plus rurale qu'urbaine, peu concernée par les débats contemporains - bien qu'elle le fut, et combien, par les grandes luttes sociétales, que ce soit le droit des femmes à disposer de leur corps ou des homos à organiser librement leur vie.

Cela dit, la mythologie, ou les modèles, comme on voudra, ici proposés n'existaient pas auparavant. La vieillesse, tabou malheureux de l'Occident (malheureux lui aussi ), est plus encore cachée et invisible (doublement donc) dans les milieux homos. Nous ne savons ce que cela signifie de vieillir en tant qu'homo - sinon un nouveau placard en maison de retraite. Et voilà que l'on nous montre, heureux le plus souvent, des vivants de parfois plus de 80 ans, avec ou sans famille, avec leurs regrets, leurs énergies, leurs problèmes et leurs tendresses. Dans une lumière, une sympathie manifeste et une intimité rares. Il y a là aussi un arrière-pays politique, qui contribue à ramener les homos dans ce "nous" dont le discours dominant les chasse le plus souvent (l'homo, c'est l'autre, le pas-de-ça-chez-moi, le mes-amis-oui-mais-pas-toi-ma-fille).

Alors non, je n'irai pas trop appuyer sur les autres carences politiques du film, parce que je ne pense pas que ce fût le propos. Non plus que je ne rappellerai trop que tous ne vieillissent pas ainsi, qu'il est des vieillesses difficiles, parfois inhumaines, parfois aigries au point d'être suries par la peur, les regrets, l'amertume, l'ennui ou le dégout de soi.

Je retiendrai des portraits touchants, parfois hilarants, parfois brillants de simplicité cocasse, parfois plus tendus, toujours tendres et d'une intimité étonnante - moment privilégié que d'être invité dans l'intime d'une confession, d'une parole, d'un geste, lieu à la fois très simple et très opaque aux tiers.

Peut-être tout cela sera-t-il vite daté. Mais il n'en reste pas moins qu'à l'époque qui est la nôtre, c'est un bout de cinéma aussi touchant qu'important pour ce qu'il nous apprend de notre propre rapport au temps lent de la vieillesse, de notre rapport aux générations, et de l'humain, souvent inédit voire inouï - je garde vivace l'image de cet impayable paysan à la parole vive, toute droite, goliarde sans être salace, et d'une joie d'être rarement rencontrée.

P.-S. : on lira avec intérêt les autres critiques publiées sur SC à cette date. Elles éclairent toutes ce fort touchant film (même les négatives).

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