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La Légende de Manolo - Long-métrage d'animation (2014)

La Légende de Manolo - Long-métrage d'animation (2014)

La Légende de Manolo - Long-métrage d'animation (2014)

Long-métrage d'animation de Jorge R. Gutierrez Animation, action, aventure 1 h 27 min 22 octobre 2014

Manolo doit choisir son destin entre ses rêves et les espoirs de ses parents. Il s'embarque dans d'incroyables aventures et va affronter ses peurs.

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La mort, c'est tabou. C’est triste. C’est sombre. Comme le début de cette critique. C’est une éternité à passer dans les ténèbres. On nous l’a dit, re-dit et re-re-dit, on le sait, tous les films nous l’ont montré. Aborder ce sujet n’est pas chose facile. Quand il s’agit d’en discuter avec un enfant… Ça l’est encore moins. Leur vision de la mort n’est pas la même que celle des adultes, il est difficile de leur faire comprendre les conséquences lors de la perte d’un être cher, sans évoquer la douleur et la tristesse de cette séparation, tout en adoucissant les choses. Ce film réussira-t-il à faire changer les choses ?

Les premières minutes du film peuvent nous laisser avec un « mouais » sur les lèvres. C’est classique, une histoire racontée à des enfants insupportables par une nana qui, on le sait, sera rapidement oubliée. Mais là s’opère un premier décalage graphique : la partie ne concernant que notre culture occidentale (et sa vision pessimiste de la mort évoquée plus haut), reste dans un style assez sobre, classique, avec des personnages très « manga » que personnellement je ne trouve pas très jolis en modélisation 3D et qui se ressemblent tous de plus en plus dans les films d’animation actuels. A la seconde où s’effectue la transition, le voyage même, vers le Mexique, c’est une explosion de couleurs qui s’offre à nous. LE point fort du film selon moi : ça fourmille de détails, dans tous les coins, on en prend plein la vue tout le temps, chaque arrière plan, chaque figurant, chaque rainure du bois est travaillée, avec des couleurs éclatantes et lumineuses, dans un style « marionnette » bien plus original que ce que l’on aurait pu penser au début du film. D’ailleurs un joli paradoxe : cet aspect « pantin » est si bien réalisé, il y a tellement de mouvements, de détails, que l’on a jamais eu l’impression d’une telle vie chez des jouets (« Toy Story » ça compte pas, je t’ai vu, espèce de rageux !). Les habituels effets « 3D forcés » sont présents, mais ne se ressentent presque pas tant ils s’immiscent bien dans le film et rendent tout aussi parfaitement en 2D (je l’ai vu en 2D, je vous le conseille également afin de pouvoir profiter pleinement des couleurs et des détails).

Abordons à présent le scénario. Simple en apparence, il est en réalité un peu plus complexe que l’on pourrait le croire, abordant les idées de l’honneur de la famille, l’affrontement de la peur (et même de la mort), l’acceptation de soi, et, bien entendu, la conquête de l’amour (avec en prime un message évident contre les corridas espagnoles et la mise à mort des taureaux). L’histoire qui nous est contée commence par un pari, entre deux dieux de la mort, enfin un dieu et une déesse, un Jour des Morts au Mexique. Ils jettent leur dévolu sur une petite fille, Maria, et ses deux amis, Manolo le joueur de guitare et Joachin le combattant, tous deux amoureux de la fillette. La déesse, prénommée « La Muerte », assure que Manolo épousera Maria. Le dieu lui, « Xibalba » (« Balby » pour les intimes), affirme que ce sera Joachin qu’elle choisira. Débute alors l’affrontement entre le matador joueur de guitare et le fier combattant aux multiples médailles, pour conquérir le cœur de la belle.

Puisqu’on en est à l’annonce des personnages, précisons le design impeccable (Particulièrement les deux dieux de la mort, un sans faute, la réalisation est impeccable et ils en ressortent particulièrement charismatiques, avec un côté Hadès du « Hercules » de Disney pour le dieu) et un rapide attachement. Manolo et Joachin ont la classe, des héros charismatiques et un minimum intelligent ça fait du bien. Maria aussi, dans son élégance. Les dieux sont irréprochables. J’ai été un peu déçue en revanche de constater l’apparition, ENCORE, d’une mascotte. ‘Fin celle-ci (un cochon) n’apparait heureusement que très peu dans le film, et son utilité est toujours à démontrer. Enfin passons.

Personnellement, j’ai vu le film en VF, et je suis partagée. Elle est de bonne qualité lors des dialogues, là il n’y a rien à dire. Hélas, à l’instant où le héros sort la guitare… Les paroles traduites des quelques chansons (peu nombreuses) du film sont assez ridicules. Je ne saurais dire si il est préférable de le visionner en VO, suivre les sous-titres priverait quelques moments de contemplations assez époustouflants. Selon vos préférences, donc.

Mais revenons-en à ce qui reste le thème principal de l’histoire : la mort, et la vie dans l’au-delà. J’ai beaucoup apprécié la vision dépeinte dans ce film, selon la tradition Mexicaine. Les gens meurent, les vivants s’en souviennent. Mais pourquoi s’en souvenir dans le chagrin et les pleurs ? Le Jour des Morts est festif et coloré, les enfants rient en courant autour des tombes, on ne retient des êtres disparus que les bons moments passés avec eux. Le « Royaume des Âmes Chéries », lui, est tel un immense parc d’attraction, où tout est plus beau, plus intense qu’en vrai. Les morts seraient-ils plus joyeux que les vivants ? Lorsque nous pleurons la perte d’un être cher, est-ce à cause de ce qu’il risque de lui arriver dans l’au-delà, ou plutôt du manque que nous allons ressentir personnellement ? Des problématiques cachées mais néanmoins présentes. o ATTENTION : DEBUT DE SPOILER, VEUILLEZ SAUTER CETTE ETAPE SI VOUS N’AVEZ PAS VU LE FILM, PASSEZ DIRECTEMENT APRES LE « FIN DU SPOILER » o/. Elle est visible, par exemple, lors de la « fausse » mort de Maria : Ses proches pleurent, Manolo aussi, ce dernier prévoit même d’aller la chercher chez les morts. Les vivants ont l’air pourtant de savoir que le sort qui les attend après la mort est loin d’être sombre (du moins tant que l’on se souvient d’eux), pourtant la jeune fille est pleurée, et demandée. Cela ne trahirait-t-il pas un certain égoïsme dans les pleurs pour les défunts ?

Passons rapidement sur quelques scènes marquantes : l’arrivée au Royaume des Âmes Chéries, meilleur passage du film selon moi, les quelques corridas, pour ces moments de classe du héros, et la danse de ce dernier avec Maria tout en affrontant le chef des Banditos. Une autre m’a en revanche laissée perplexe, celle du labyrinthe. Impeccable dans le rythme et dans l’épreuve, seulement on pourrait se poser la question de : « Si le personnage est déjà mort, que peut-il lui arriver de pire ? ». Mais ce n’est qu’un détail, les enfants ne poseront probablement jamais la question et c’est juste l’idée d’un esprit tortueux o FIN DU SPOILER o/

Bon je vais quand même conclure après avoir écrit autant sur un dessin animé, parce qu’Evy Nadler meurt d’impatience à ce qu’il m’a dit (D’ailleurs j’ai choisi ce titre pour toi, big up frayr, et à ta chanson préférée http://www.youtube.com/watch?v=63K5VMx2BZM ). Ce film n’est pas seulement original par son design osé, mais surtout par son approche de la mort. Je n’ai que rarement, voir jamais vu un dessin animé qui l’aborde de cette manière, de façon à faire réfléchir à la fois les enfants et les adultes, et également le premier qui, en ayant ce thème, se complait dans la joie et les couleurs. Je terminerais donc en annonçant mon coup de cœur pour ce film, peu connu à l’heure de cette critique, mais pour moi le meilleur film d’animation de 2014.

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