AccueilFilm › Il boom - Film (1963)

Il boom - Film (1963)

Il boom - Film (1963)

Il boom - Film (1963)

Film de Vittorio De Sica Comédie 1 h 28 min 24 septembre 1963

Marié à Silvia, Giovanni Alberti s'est désormais lancé dans les affaires. Il mène un train de vie luxueux et fréquente les milieux huppés. Mais il s'est endetté et se retrouve bientôt assailli par des difficultés financières.

Informations du fichier


Seeds : 1078
Leechs : 377
telecharger

Fer de lance du néoréalisme, Vittorio De Sica change de registre et s'essaie à la commedia all'italiana. Cela donne une œuvre un peu inégale, oscillant sans cesse entre farce et drame, ironie et tragédie. C'est peut-être cet étrange entre-deux qui explique la faible renommée d'un film qui dût attendre, quand même, plus d'un demi-siècle avant de connaître réhabilitation et diffusion à l’international. Pourtant, Il Boom vaut le coût d'œil notamment parce qu'il offre à l'immense Alberto Sordi l'un de ses meilleurs rôles et qu'il permet à son auteur de porter un regard lucide sur une société italienne, alors en plein miracle économique, et d'annoncer l'imminence des désillusions.

Peu de films finalement, en Italie comme ailleurs, se montreront véritablement critiques à l'égard d'une société de consommation, béatement idéalisée au lendemain de la guerre, et dont les effets pervers se font prestement sentir. On pense éventuellement à La Fin d'une douce nuit de Yoshida ou L'Eclipse d'Antonioni, même si le tandem De Sica/ Zavattini semble avoir des références autres, puisqu'il reprend à son compte l'atmosphère désillusionnée de la Dolce Vita et donne à son principal protagoniste, Giovanni, une dimension de tendre fanfaron que le héros de Risi n'aurait pas renié.

Rapidement, on retrouve le sens du détail et l'acuité d'un cinéaste qui sait, mieux que quiconque, saisir la vérité d'une époque en une poignée de plan seulement. À travers la vision que l'on a de Giovanni, c'est le portrait de cette génération de boomers, de cette nouvelle bourgeoise, qui nous apparaît à gros traits. Issu d'un milieu modeste, notre homme à tout du parvenu bien décidé à vivre au-dessus de ses moyens : voiture de luxe, costards et logement de haut standing sont les attributs ostentatoires de sa réussite sociale. Qu'importent les dettes et le peu d'estime qu'il génère, l'important est de paraître...

Doucement ironique, De Sica met à jour la vacuité de ces individus qui fréquentent les mêmes lieux à mode, dansent sur les mêmes musiques, fument les mêmes cigarettes, boivent les mêmes whiskys, répètent les mêmes gestes et portent sur le visage les mêmes rictus, la même hypocrisie dans le regard. C'est à une parodie du bonheur, et rien d'autre, à laquelle se livrent Giovanni et ses semblables, une comédie qui serait infiniment risible si elle ne révélait pas avec talent nos attitudes viles et pathétiques.

C'est parce qu'il ne veut pas oublier le drame humain, la souffrance de ces êtres perpétuellement égarés, que De Sica n'investit pas pleinement le registre comique. Il en résulte un film qui évolue dans cet entre-deux précédemment cité, baignant dans une atmosphère aigre-douce certes appréciable mais qui peut être source de déception... Moins émouvant que les grands drames de son auteur (Le Voleur de bicyclette, Umberto D.), moins caustique que les chefs-d'œuvre de la comédie italienne (L'Argent de la vieille, Les Monstres), Il Boom brille sans convaincre totalement.

Il y a pourtant matière à se réjouir, à rire jaune aussi, dans sa façon habile de nous exposer la lente dérive de cette classe sociale. Tout est dit, avec brio, dans l'une des premières séquences du film. On y voit un hippodrome survolté, où il est de bon ton de se montrer, pavanant ses vêtements chics et ses airs distingués. Giovanni fanfaronne, comme à son habitude, en rejoignant les tribunes avant de manquer une marche et de tomber devant une assistance hilare. L'espace d'un instant les masques tombent et l'incident nous révèle une cruelle réalité : la haute bourgeoisie, solidement regroupée, ne peut que se moquer des gesticulations de cette classe populaire qui tente vainement de la rejoindre. Programmatique, cette chute en annonce d'autres, comme ce cavalier qui, trop sûr de lui, finira aussi par mordre la poussière. À vouloir être ce que l'on n'est pas, on finit bien souvent par tomber dans un "boom" assourdissant.

L'argument du film a beau être peu crédible (marchander une partie de son corps, son œil en l'occurrence, afin d'éponger ses dettes), il a le mérite, comme l'incident de l'hippodrome, de révéler les vraies personnalités. Placé dans une situation extrême, notre hâbleur commence à percevoir l'hypocrisie du petit monde qui l'entoure : ses amis se détournent de lui, sa femme le mésestime... malgré tous ses efforts, les barrières sociales ne sont pas rompues et il reste aux yeux de tous, l'homme du peuple !

Si la farce prête à sourire (comme la mine impayable de Sordi lorsqu'on lui fait l'indécente proposition), la chronique sociale qui s'en dégage s'avère être plutôt amère : on y découvre des nantis exploitant sans vergogne le plus faible (l'entrepreneur borgne et sa femme) ; une haute bourgeoisie méprisant les autres groupes sociaux (classe populaire, homosexuels...) ; des pauvres qui sont prêts à tout pour gravir l'échelle sociale, quitte à vendre une part d'eux-mêmes...

Si la narration souffre de redondances, on ne peut que saluer la prestation d'un Alberto Sordi magnifique en clown triste, en fanfaron grotesque qui est prêt à se sacrifier par amour, en imposteur blessé qui découvre la vacuité de son existence (il faut voir la superbe scène de la fête où il place ses amis devant leur propre hypocrisie) ; il nous amuse autant qu'il nous émeu, du grand art.

Même s'il ne prétend pas égaler les grandes œuvres du genre, Il Boom s'avère être un portrait peu reluisant de cette Italie en pleine croissance économique, nourrissant des rêves qui tourneront vite aux désillusions. Une situation magnifiquement illustrée par l'ultime séquence où notre borgne en devenir disparaît définitivement de notre vue, englouti par une nuée de voitures et de publicités.

Ces fichiers peuvent vous intéresser :