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L'Économie du couple - Film (2016)

L'Économie du couple - Film (2016)

L'Économie du couple - Film (2016)

Film de Joachim Lafosse Comédie dramatique 1 h 40 min 8 juin 2016

Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris se séparent. Or, c'est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, mais c'est lui qui l'a entièrement rénovée. A présent, ils sont obligés d'y cohabiter, Boris n'ayant pas les moyens de se reloger. A l'heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu'il juge avoir apporté.

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Une maison. Une maison de ville ceinte de hauts murs, seulement interrompus par une lourde porte en fer, qui tinte lugubrement à chaque ouverture ou fermeture. Un huis-clos presque complet en ce lieu, d'où l'on ne s'échappera que pour les trois dernières scènes, mais des scènes qui sonneront comme autant de fermetures. Une maison-prison, donc.

Enfermés dans ce cercle domestique, deux êtres qui se déchirent, un homme et une femme, la seconde prétendant, après quinze ans de vie commune, ne plus aimer le premier. Et les deux jumelles issues de ce couple et témoins de son naufrage. L'objet de la discorde qui, pour n'être pas tranchée, contraint les deux anciens amants à une cohabitation forcée ? Un motif "économique" : le désaccord sur la façon d'évaluer les biens dans le partage. Le titre rencontre donc une première justification évidente, illustrée par les hauts cris que fait pousser cette question d'évaluation au couple désaccordé.

Cette thématique financière occupe toute la première partie du film, murant la femme, Marie, dans le sur-jeu d'un désamour, dictant grands airs et voix froide, quand elle ne se fait pas tendue ou hurlante. Le nouvel opus de Joachim Lafosse comporte alors certaines longueurs, disant l'ennui, la pesanteur de la situation, la pétrification des rôles, l'homme, Boris, oscillant entre quelques tentatives charmeuses, tentatives aussi timides que désespérées, et cantonnement dans son statut de chien battu, banni du repas d'amis, au nombre desquels il n'est plus compté, et regagnant sa "niche", ainsi qu'il désigne la pièce saturée dans laquelle son ancien amour lui accorde un droit de séjour. Le frigidaire, régulièrement ouvert, par l'un ou par l'autre, et diffusant sa lumière avare, semble devenu l'unique source de réconfort dans cet espace désolé. Risque alors de poindre, chez le spectateur, le sentiment que le film s'enlise et que tire en longueur cette chronique d'une mort annoncée.

C'est compter sans le génie du réalisateur et de ses co-scénaristes, Mazarine Pingeot et Fanny Burdino. Au moment où l'on n'en attendait plus la moindre étincelle, l'émotion surgit, saute au visage des personnages comme des spectateurs, noue la gorge et sublime l'interprétation de Bérénice Bejo, qui s'ouvre comme un lys. Une banale chanson d'amour et de danse, habilement exploitée par les deux filles du couple, chavire totalement l'économie des sentiments jusqu'ici mise en place, fait exploser au grand jour l'amour dénié, rend irrésistible le jeu de Cédric Kahn, et nous fait soudainement prendre conscience qu'il était question de tout autre chose que d'argent dans les tiraillements financiers qui divisaient le couple, de tout ce que chacun verse de lui-même dans l'engagement amoureux, dans la construction du nid...

A la manière d'un Musset dans "On ne badine pas avec l'amour", les scénaristes démasquent toute la dimension de posture, de parade, à ses propres yeux autant qu'à ceux de l'autre, qui peut miner le lien amoureux lorsque celui-ci s'engage dans une impasse et ne parvient pas à déjouer les pièges de la discorde. Comme Musset, toujours, ils donnent à voir toute la part de meurtre dont un tel jeu peut se faire porteur, et dont l'une des jumelles est ici directement victime. A trop tenter de faire mourir en soi ce grand flux qui ne demande qu'à jaillir, à trop sténoser la veine de l'amour, la mort risque pour de bon d'entrer dans la partie. Les effets de la désunion ou de la réconciliation sur les enfants du couple ne sont ici abordés que latéralement mais non moins explicitement et avec non moins de sensibilité.

C'est donc tout navré et marri que l'on entend la voix neutre d'un juge énoncer les termes de la séparation des biens et que l'on assiste à l'apparente victoire financière du conjoint. Sa mine grave indique suffisamment clairement qu'il a bien davantage perdu que gagné, dans cette "économie" que sont les fluides vitaux des sentiments. Et la superbe "Etude pour piano en si mineur" de Bach, qui accompagne tout le film de ses accords méditatifs et nostalgiques, souligne explicitement la radicalité des enjeux, dans la partie qui vient de se clore.

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