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Razzia - Film (2018)

Razzia - Film (2018)

Razzia - Film (2018)

Film de Nabil Ayouch Drame 1 h 59 min 14 mars 2018

A Casablanca, entre le passé et le présent, cinq destinées sont reliées sans le savoir. Différents visages, différentes trajectoires, différentes luttes mais une même quête de liberté. Et le bruit d’une révolte qui monte…

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(As time goes by)

La toute première image est extraordinairement belle et symbolique et contient déjà en elle tout le film : une fenêtre forcée à travers un mur, plus de cadre ni de vitres, des gravats, comme une trouée sur un paysage magnifique mais vide et sans horizon.

On alterne entre passé (il y a une trentaine d’années) et aujourd’hui, montagne (un petit village berbère de l’Atlas) et ville (Casablanca). Il y a constants contrastes entre extérieur et intérieur, jour et nuit. Mais jamais le propos n’est décousu* ; les histoires des personnages ne sont parallèles qu’en apparence, elles finissent par se mêler, se tisser, et c’est Yto la matriarche qui fait le lien entre les temps et les gens. Sa bataille est dessinée sur son visage - d’ailleurs cicatrices, scarifications, tatouages ont une grande importance, tout ce qui « pénètre » le corps… Sur les visages, les émotions passent comme des nuages devant les astres ou la fumée des émeutes devant les lampadaires, les larmes coulent, et on les maquille ou les démaquille selon. Yto chez qui se réfugie Salima, qui aime sentir l’eau de la pluie et de la mer sur son corps depuis toute petite – son père la comprenait, contrairement à son mari ; elle ne peut plus qu’aller entretenir sa tombe et tenter d’oublier / s’oublier dans la transe de la danse. Elle fume la nuit sur son balcon, la ville à ses pieds, à défaut de ne pouvoir échapper à l’opprobre des hommes dans la rue où elle marche, talons et tête hauts, jupe courte, crinière comme une bannière. Joe le juif, héritier de quelque chose qui a déjà disparu (comme bientôt son père) voire n’a jamais existé, sans descendance, est ami avec Ilyas, le fils d’Yto, qui partage la même nostalgie du Casa de Bogart. Et l’on s’attache également à Hakim, le chanteur homosexuel ostracisé, à Inès la riche adolescente paumée (avec une mère comme celle de la cousine dans ‘Sofia’). Chacun(e) est seul(e) et désespéré(e), même dans sa famille ou son couple, et a besoin de genoux sur lesquels poser une tête trop lourde.

La musique joue un rôle à part entière, elle explicite mieux que des mots et complète plus qu’elle n’illustre certaines séquences. Comme la narration, elle va crescendo jusqu’à l’explosion finale. La bande son a la subtilité de faire entendre les manifestations (d’abord celle des "diplômés chômeurs") avant qu’on les voit puis c’est l’émeute généralisée, clash entre tradition et modernité, entre classes sociales, frôlant la guerre intérieure.

La seule échappatoire, c’est de lever les yeux vers le ciel et d’imaginer ce qu’il y a derrière la montagne, de se laisser guider par l’étoile qui est l’œil de Dieu. Car dans le Maroc actuel, l’obscurité abrite et protège, tandis que la lumière dénonce plus qu’elle n’éclaire…

(que ceux qui osent dire dans leurs critiques qu’ils n’ont rien compris, ou qu’un film qui démarre sans générique ni musique les laisse à la porte, retournent dans leur caisse)*

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