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Le Retour du héros - Film (2018)

Le Retour du héros - Film (2018)

Le Retour du héros - Film (2018)

Film de Laurent Tirard Comédie et historique 1 h 30 min 14 février 2018

1809 en France.
Le capitaine Neuville, grand séducteur vient de demander sa main à la jeune Pauline, sous le regard méfiant d'Elisabeth, la sœur de cette dernière. Mais Neuville est appelé au front et Pauline reste sans nouvelles...
Alors qu'elle dépérit peu à peu, Elisabeth prend la plume et commence une correspondance avec Pauline sous le nom de Neuville, faisant de lui un véritable héros de guerre. Mais le Capitaine finit par réapparaître, au grand dam de la jeune femme...

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(PS: le titre est en référence à la pièce "Tartuffe ou l'imposteur" de Molière, publiée en 1665) Février 2018 marque une légère concurrence entre Le Retour du héros, La ch'tite famille et surtout Les Tuche 3 ! Néanmoins, sans cesse taxée par les critiques de "film sur les beaufs, par un beauf et pour les beaufs", la comédie d'Olivier Barroux faisant suite aux deux premiers volets du même nom respectivement sortis en 2011 et 2016 ne fait la joie de la critique presse, et encore moins des spectateurs Allociné (moyenne de 2,5/5 étoiles pour la presse, et 2,2/5 pour le public), tandis qu'elle réussit à réunir pas moins de 2 millions de spectateurs en salles, et ce en l'espace d'une semaine "No comment" sur La ch'tite famille de Dany Boon... si ce n'est que le film se mange d'ors et déjà une réputation de sous-Bienvenue chez les ch'tis version 2.0, qui connaîtra sans aucun doute l'échec au box-office. Enfin à côté de la fenêtre de la classe se situe Le Retour du héros, pataugeant peu dans le nombre d'entrées, tandis que Les Tuche 3 patauge soit disant dans la gadoue, au point de récolter une majorité de notes négatives mirobolantes et sans doute pas méritées à mon goût. Le Retour du héros marque aussi le retour de Laurent Tirard à la réalisation après un passage à vide suite à la réalisation d'Astérix et Obélix: Au service de sa majesté en 2012 avec Gérard Depardieu et Edouard Baer, qui malgré ses plus de 3 millions d'entrées, connaît lui aussi une gros échec critique, comme son prédécesseur. Puis, en 2016 sort Un homme à la hauteur, film sans histoires qui ne renouvellera pas le succès box-office des deux Petit Nicolas (2009-2014), et ne connaîtra pas plus d'appréciation que ses deux premiers films (Mensonges et trahisons et plus si affinités et Molière). Rentrons dans le vif du sujet: au XIXème siècle, le capitaine Neuville (Jean Dujardin) est contraint de quitter sa fiancée Pauline Beaugrand (Noémie Merlant) "pour quelques temps" après avoir été engagé à la guerre, en pleine période de conflit entre l'Allemagne et l'Autriche. Avant de partir au combat, il promet à sa bien-aimée de régulièrement lui écrire afin de lui donner des nouvelles et surtout, quand il reviendra en France. "Les saisons changent et le temps passe", et il ne donne finalement plus signe de vie ; Pauline sombre peu à peu dans la dépression et attrape une pneumonie. Sa soeur Elisabeth (Mélanie Laurent), pour la rassurer, se met donc en tête de prendre la place de Neuville et d'écrire de fausses lettres au nom de son fiancé, le décrivant comme un héros national capable de contrer tous ceux qui osent croiser son chemin. Trois ans plus tard: Pauline est convaincue de la mort de Neuville et s'est remariée avec Nicolas (Christophe Montenez), jeune homme naïf n'ayant pas autant de compétence que l'eut Neuville. Un jour, Elisabeth croise par hasard un homme aux allures de vagabond prétendant être le capitaine Neuville ; il avoue à celle-ci avoir déserté et diverses anecdotes prouvant que l'hommage lui ayant été accordé était loin d'être mérité, et surtout qu'il représente tout le contraire du capitaine qu'elle a inventé dans ses lettres. Tandis que les deux personnes se font la guerre, Pauline est désormais exposée à un dilemme... Eh bien, le résultat est tout à fait satisfaisant ! On aurait pu craindre des lourdeurs et des maladresses présentent déjà dans l'oubliable mais sympathique Astérix et Obélix: Au service de sa majesté (2012) mais le réalisateur a réussit à effacer ces petites incohérences afin de faire renaître le genre du "film à costumes", genre n'attirant visiblement aujourd'hui plus beaucoup de spectateurs. Avec un tel début de scénario, on pourrait en effet s'attendre à une espèce d'adaptation littéraire du court roman Colonel Chabert de Balzac: en effet, il y présente un héros vaillant obligé de quitter sa dulcinée pour la guerre, mais n'en reviendra pas... Eh bien tout faux ! Ce film est un détournement total des oeuvres (littéraires ou non) sur les guerres napoléonniennes, en commençant bien-sûr par Le Colonel Chabert, mais aussi en passant par Guerre et Paix de Tolstoï, et en allant plus loin encore avec Michel Strogoff de Jules Verne, Capitaine Courageux de Kipling, Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas, Don Juan de Molière ou encore en allant plus loin avec Inconnu à cette adresse de Kressman Taylor (pour le début, avec les échanges fictives de lettres), sur une trame littéraire d'abord classique se transformant petit à petit en pièce théâtrale humoristique digne de Molière comme il su si bien faire cinq siècles plus tôt. Au passage, c'est pas un hasard si le réalisateur fut à la tête du film Molière en 2007, avec Fabrice Luchini et Romain Duris dans le rôle-titre, puisque, deux ans après Un homme à la hauteur (2016) en compagnie de Virgine Efira, Jean Dujardin retrouve Laurent Tirard pour un rôle convenable s'inspirant visiblement de Tartuffe, Don Juan ou encore Philinte du Misanthrope. Puis, hormis ses (très) nombreuses références littéraires et théâtrales cinématographiques, ce même personnage, cinématographiquement, se situe quelque part entre Brice de Nice, Un gars une fille et OSS 117 (eh oui!), rôle qui se révèle au premier abord être tout sauf celui d'un "héros national" mais davantage celui d'un mix entre ses trois plus célèbres rôles que sont Brice, Jean d'Un gars une fille et Hubert Bonisseur de La Bath d'OSS 117 ; en effet

à la place de présenter un soldat courageux, déterminé, courtois, agile et élégant, Dujardin campe à la place un vrai "pourri de l'intérieur", un soldat ayant en fait déserté, et qui se révèle malpropre, sale, macho (Un gars une fille), prétentieux (Brice de Nice) imposant, lâche, incapable (OSS 117), inintéressé, parfois limite méchant... Grosso modo, un vrai "Don Juan", ce capitaine!

A travers tous ses défauts transformant le héros en anti-héros (personnage principal n'ayant pas les caractéristiques pour être désigné comme un héros, mais plus comme un figurant omniprésent), le film en propose une nouvelle définition et rappelle principalement la genèse d'un "héros":

il montre principalement qu'avant d'être ce qu'il est, c'est-à-dire une figure, un exemple pour toutes et tous, il est un homme comme les autres, c'est à dire ayant un comportement pas toujours emblématique, un enseignement d'armes limité, un tempérament parfois discriminatoire sur les bords et craintif...

Durant tout le long du récit, le personnage du capitaine Neuville va évoluer

(ou pas -voir la fin- ^^)

à travers un amour naissant pour Elisabeth (Mélanie Laurent), qui l'a sur les bras dès les débuts et ne trouve pas moyen de s'en débarrasser; l'actrice principalement connue pour ses rôles dans Je vais bien, ne t'en fais pas (2006), Inglorious Basterds (2009), La Rafle (2010) ou encore au doublage français de Mon voisin Totoro de Miyazaki (1988) nous livre un personnage hilarant aux diverses facettes: cherchant d'abord à guérir sa petite soeur de la maladie d'amour au début, elle va devenir jalouse du glorieux hommage non-mérité accordé au capitaine, mais aussi pleine de vérité et aux volontés de franchise, une nouvelle fois telle un Alceste du Misanthrope. La rivalité entre les deux personnages constitue la principale clé de l'histoire et malgré une certaine linéarité, se complète très bien en tant que support à la bande originale de Mathieu Lamboley, pourtant spécialiste des "petites" musiques pour "petits films" français, réussissant à très bien se coller à l'ambiance "renaissance" du film avec des thèmes chevaleresques rappellant principalement les films de capes et d'épées de Philippe de Broca (Cartouche, Le Bossu) et Jean-Paul Rappeneau (Cyrano de Bergerac, Le hussard sur le toit) avec des airs romantiques rappelant également les "period dramas" adaptés de Jane Austen (Orgueil et préjugés, Raisons et sentiments). Pour conclure, tant de références culturelles haut-placées et intelligement amenées et réfléxion intéressante sur les personnages font de ce film un bon début d'année 2018 pour la comédie française par le biais de ses dialogues rassasiants jouant sur les quiproquos, la contraste du vrai et du faux et les gags "peau de banane" aucunement lourds et au contraire montrant que le film n'est pas destiné à un quelconque public en particulier. PS: et dire que malgré tout ceci, j'ai encore des contacts/connaissances qui continuent à cracher sur le cinéma français... alors que c'est aussi faux que les mensonges de Neuville, dans le film -_- PPS: ne vous étonnez pas si je n'ai jamais inscrit mes sous-parties en anglais, puisque c'est un film de sang, d'encre et de papier purement français.

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