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Le Chant de la forêt - Film (2019)

Le Chant de la forêt - Film (2019)

Le Chant de la forêt - Film (2019)

Film de João Salaviza et Renée Nader Messora Drame 1 h 54 min 8 mai 2019

Ce soir, dans la forêt qui encercle ce village au nord du Brésil, le calme règne. Ihjãc, un jeune indigène de la tribu Krahô marche dans l’obscurité, il entend le chant de son père disparu qui l’appelle. Il est temps pour lui d’organiser la fête funéraire qui doit libérer son esprit et mettre fin au deuil. Habité par le pourvoir de communiquer avec les morts, Ihjãc refuse son devenir chaman. Tentant d’échapper à son destin, il s’enfuit vers la ville et se confronte alors à une autre réalité : celle d’un indigène dans le Brésil d’aujourd’hui.

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Le cinéma a le pouvoir de nous emmener parfois dans des contrées inconnues à la découverte de peuples qui vivent à un tout autre rythme que le nôtre en perpétuant des traditions et croyances d'un autre temps. C'est le cas de ce très beau film, tourné avec une caméra 16mm dans le Nord du Brésil auprès des indiens Krahô, qui relève autant d'une fable que d'un documentaire anthropologique. Ce monde en voie de disparition, dont les tribus sont menacées par une déforestation massive et une agriculture intensive qui ravage notamment la savane du Cerrado où vivent les indiens Krahô, va malheureusement disparaître encore plus vite avec l'élection de Bolsonaro.

Réalisé conjointement par João Salaviza et sa compagne Renée Nader Messoral, Le Chant de la forêt est une œuvre étrangement hybride, perdue quelque part entre le documentaire ethnographique et la fiction, comme si la part de fiction permettait au film de se construire, de trouver une forme tout en laissant un large espace au documentaire pour explorer les rites et traditions mais aussi le rapport entre le groupe indigène et la société moderne : c’est la confrontation des croyances shamaniques et de la science gestionnaire. Deux approches opposées du monde qui ont chacune leurs règles mais dont la « vertu civilisatrice » de la seconde tend à empiéter sur la première.

Pour le réaliser, les deux cinéastes ont passé plus d’un an dans la forêt amazonienne et ont suivi la famille indigène des Krahô. S’il est impossible de savoir où se situe la limite entre l’histoire inventée et la réalité, la caméra va rapidement faire de la forêt le personnage central du film, rappelant de la sorte le célèbre Tropical Malady d’Apichatpong Weerasethakul. La séquence introductive, d’ailleurs, va rapidement revendiquer cette filiation en faisant du monde végétal ou minéral le théâtre d’expression d’un inconscient collectif bienveillant. Salaviza et Messora ont leur manière propre et singulière de mettre en scène le fantastique sans le surligner ni le mettre entre guillemets. La communication avec les morts est filmée comme un fait réel, avec le même respect que tout autre rituel de cette tribu du nord du Brésil.

Si le début peut interroger dans ses limites entre le fantastique et la réalité, très vite tout semble vrai. On assiste à tous les rites, de la visite au shaman à la préparation de la nourriture, en passant par les chants, prières et danses : l’immersion est totale ! Mais surtout, en agissant ainsi, les cinéastes disent à quel point la vie en Amazonie est compliquée avec l’arrivée des villes qui empiètent de plus en plus sur les territoires indigènes. On s’en rend compte évidemment avec la partie urbaine du récit, dont le réalisme désenchanté nous interpelle brutalement : aux rituels tribaux et leurs apparences magiques succèdent ceux d’un monde moderne bureaucratique, déshumanisé et déshumanisant : Ihjãc devient l’intru, l’inhadapté, subissant tous les maux de nos sociétés modernes (violence, racisme, négation de l’individu…).

Si le film parvient ainsi à questionner notre regard sur le monde, il irrite et déçoit également par son didactisme insistant. Excepté cela, Le Chant de la forêt vise juste en rendant compte de l’existence d’une société peu connue, de leurs croyances et de leur quotidien, avec une maîtrise des éléments implacables. La photo est réussie dans ce qu’elle offre de réalisme et d’onirisme dans un milieu difficile, et surtout le travail sur les textures, lié à un tournage en pellicule, est vraiment impressionnant.

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