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Reza - Film (2019)

Reza - Film (2019)

Reza - Film (2019)

Film de Alireza Motamedi Drame et romance 1 h 34 min 21 août 2019

Après neuf ans de mariage, Reza et Fati se séparent. Selon la loi islamique, ils ont trois mois et dix jours pour revenir sur leur décision. Malgré l’amour qu’il ressent encore pour sa femme, Reza essaye de commencer une nouvelle vie, mais Fati ne lui simplifie pas la tâche, revenant à chaque fois qu’il commence à remonter la pente. Il lui faudra se plonger dans les secrets de la cité sacrée d’Ispahan pour oublier.

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Iran contemporain. Un homme et une femme s’apprêtent à divorcer, ou plutôt à faire entendre leur demande au juge qui en décidera. Mais « Le Procès de Viviane Amsalem » (2014), de Ronit et Shlomi Elkabetz, qui se déroulait, lui, en Israël, est loin. Et plus encore l’impressionnant « Jusqu’à la garde » (2018), de Xavier Legrand, plus proche encore de nous, dans l’espace et le temps. Ici, pas les moindres désaccord, haine ou violence au sein du couple. L’homme, Reza, incarné par le réalisateur, Alireza Motamedi lui-même, et la femme, Fati (Sahar Dolatshahi), semblent unis par une belle complicité, une tendresse évidente ; à tel point qu’ils en sont à se concerter pour rendre leur demande recevable auprès du juge...

Et pourtant... Ce qui apparaissait comme à peine crédible aux yeux du spectateur nouveau de ce duo deviendra effectif et les deux êtres se sépareront. Comment habiter, apprivoiser une rupture qui paraît contre-nature ? Cette question et les tentatives de réponse à lui apporter constituent l’objet de ce premier long-métrage du réalisateur-acteur, en même temps scénariste et co-producteur.

A l’opposé de la doxa qui voudrait que la rupture chemine avec le sang et les larmes, le maître-mot de cette réalisation pourrait être la douceur : douceur des plans et de l’image composée par Ali Tabrizi, toujours baignée d’une harmonie qui ne veut rien savoir de la discorde. Douceur des couleurs, qu’elles soient chaudes ou froides : les bleus - de la chambre, du ciel, de l’intérieur de la mosquée richement ornée - sont lumineux, célestes, et disent l’apaisement avec lequel l’amoureux aborde cette épreuve, comme un nouvel exercice du jeu d’amour ; les bruns et les rouges sont chaleureux, chatoyants, comme le foyer des dieux lares qui ne cesserait jamais d’être alimenté. Douceur des chants d’oiseaux, qui égayent cette attente de façon presque constante et repoussent au loin le découragement ; des chants qui sont comme la face audible des bleus paradisiaques. Douceur de la langue farsi, qui chantonne et roule comme un torrent joyeux dans lequel l’eau serait les voyelles, vives, courantes, et les consonnes les galets joliment polis sur lesquels l’eau peut se frotter dans sa course, mais nullement se heurter. Douceur des quelques musiques qui interviennent, toutes préécrites avant le tournage, par Shahram Nazeri et Sardar Sarmast, et intradiégétiques : musiques de solistes, chantées par un instrument ou une voix seule, et donnant à entendre la beauté nostalgique de la solitude, presque la consolation dont elle est intrinsèquement porteuse.

Douceur de cet homme seul, fixé dans une sorte de placidité ovulaire, et entretenant la vie dans un foyer autour duquel ce seront les femmes, et notamment la sienne, qui jouiront d’une mobilité toute spermatique. Douceur de ces autres ébauches de liens féminins, tous très chastes, très courtois, très joueurs, très charmants, mais dont aucun ne risquera finalement de porter ombrage à la bien-aimée. Douceur des espaces extérieurs, vibrants de couleurs et de vie : le jardin, les rues d’Ispahan...

Grande douceur, enfin, du contrepoint littéraire qui est apporté en pointillés tout au long du film, à travers la réécriture d’une légende iranienne par le personnage-réalisateur : ce récit conte la résistance d’un très vieil homme dont l’entourage, une fois ses cent ans révolus, a programmé la mort en l’abandonnant au bord d’une route ; comment le monde autour de lui, les oiseaux, une vieille femme, des jeunes filles, vont le ramener peu à peu dans la vie ; une vie définitive, et qui verrait la fondation d’Ispahan. Formidable affirmation de l’espoir, du feu de vie, et superbe contradiction à toutes les raisons bien raisonnables et porteuses de mort...

Impossible, ici, de ne pas songer à l’illustre compatriote, Jafar Panahi, qui n’hésite pas, lui non plus, à se mettre en scène afin de délivrer ses messages. Si un même humour baigne les deux démarches, conscientes l’une et l’autre du risque narcissique, Alireza Motamedi touche ici à une universalité plus grande encore, plus intemporelle, plus proche des profonds questionnements travaillés par le conte et par une culture musulmane apaisée, sur fond d’une beauté qui ne fait jamais défection.

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