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C'est eux les chiens... - Film (2014)

C'est eux les chiens... - Film (2014)

C'est eux les chiens... - Film (2014)

Film de Hicham Lasri Drame 1 h 25 min 5 février 2014

Durant les émeutes du pain au Maroc en 1981, Majhoul est emprisonné et ressort 30 ans plus tard en plein Printemps Arabe.

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En pleine manifestation du printemps arabe, à Casablanca, une équipe de télévision, envoyée dans la rue pour interroger le quidam, met la main sur un vieil homme, à l'air hagard. Décidés à suivre le matricule 404, fraîchement libéré après 30 ans de prison, le journaliste et son équipe oublient leur objectif premier et se lancent dans un road-movie intramuros, à la recherche de la femme et des enfants de cet étrange individu, atteint d'amnésie partielle, au point d'en avoir oublié son propre nom.

Le réalisateur Hisham Lasri, sous le format très tendance du Mockumentary, établit un pont narratif entre deux révoltes qui nourrissent l'Histoire du Maroc. Raflé par la police en 1981, suite à ce qu'on a appelé les "émeutes du pain" (provoquées par la hausse brutale des denrées de première nécessité), porté disparu et déclaré mort, faux certificat de décès fourni à la famille à l'appui, "404" se retrouve au cœur de la manifestation du 20 février 2011. 2 révoltes, dont l'une, méconnue, à 3 décennies d'intervalle, comme preuve qu'au final, rien n'a vraiment changé dans ce pays pourtant d'apparence plus ouvert et libéré des années de plomb : le peuple réclame les mêmes choses, aspire aux mêmes droits et fait face, au final, aux mêmes déceptions. Les anciens compagnons de 404, pour la plupart, ont retourné leur veste et travaillent à la solde du pouvoir et la jeune génération, au mieux, ne comprend pas les revendications passées, au pire, les a totalement occultées.

Mais c'est aussi une auscultation de la société marocaine d'aujourd'hui que ce film, exempt de toute complaisance, propose. Loin des clichés touristiques, palaces marrakchi ou plages baignées de soleil et d'hôtels de luxe d'Agadir, le réalisateur, caméra à l'épaule, nous entraîne, parfois au pas de course, au cœur de cette grande mégalopole. Les personnages croisent, au fil de leur quête, une palette d'individus, la plupart comédiens amateurs contribuant à un réalisme saisissant, qui, au vu du contexte, sans cesse rappelé par le biais des infos radio ou télé, ont soif d'exposer leurs opinions, souvent par la biais d'une violence en permanence sous-jacente et sur le point d'exploser. La jeunesse marocaine, Indignée, reste lucide sur les limites du mouvement, lucidité exprimée par une femme, une des rares à apparaître dans le film :

la moitié des participants à l'émeute est de la police, l'autre moitié sont des barbus.

Constat d'échec et d'impuissance rejoint par 404 qui trinque :

à la santé des pions et des moutons

Il n'en reste pas moins que cette fiction propose surtout le portrait touchant d'un homme sur les traces de son passé. Marqué par ses années d'emprisonnement, 404 n'a par contre rien oublié de ses erreurs passées (alcoolisme, prostituées, abandon de famille) mais n'aspire qu'à retrouver sa femme et ses enfants, à la recherche de leur pardon. Stabilisateur de vélo à la main (objet qu'il était sorti chercher 30 ans plus tôt), petite roue qu'il fait sans cesse tourner, comme symbole du cycle de sa vie, et de la Vie en général, cet homme erre, aux prises à la colère ou à l'émotion (scène touchante où il se recueille sur sa propre tombe).

C'est eux les chiens ... dresse, par le prisme d'un rappel du passé, un portrait "nature" du Maroc d'aujourd'hui, sans retenue et sans non-dit. Et s'il est révoltant de constater que l'histoire personnelle de 404, au final, par le biais d'une interview télévisée, sert à chanter les louanges de la "démocratie" marocaine (libération d'un ancien détenu et donc reconnaissance du pays de ses erreurs passées), sans dénoncer l'hypocrisie de cette manipulation, c'est un message d'espoir qui nous est fourni en parallèle, avec cette accolade pleine de tendresse entre cet homme, perdu, et son neveu, à son tour libéré après la marche du 20 février. Il est difficile et délicat de changer un pays et une mentalité, mais l'espoir, qui repose sur une jeunesse volontaire, est plus que permis.

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