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Thelma - Film (2017)

Thelma - Film (2017)

Thelma - Film (2017)

Film de Joachim Trier Romance, science-fiction et thriller 1 h 56 min 15 septembre 2017

Thelma, une jeune et timide étudiante, vient de quitter la maison de ses très dévots parents, située sur la côte ouest de Norvège, pour aller étudier dans une université d'Oslo. Là, elle se sent irrésistiblement et secrètement attirée par la très belle Anja. Tout semble se passer plutôt bien mais elle fait un jour à la bibliothèque une crise d'épilepsie d'une violence inouïe. Peu à peu, Thelma se sent submergée par l'intensité de ses sentiments pour Anja, qu'elle n'ose avouer - pas même à elle-même, et devient la proie de crises de plus en plus fréquentes et paroxystiques. Il devient bientôt évident que ces attaques sont en réalité le symptôme de facultés surnaturelles et dangereuses. Thelma se retrouve alors confrontée à son passé, lourd des tragiques implications de ces pouvoirs...

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Adulé par l'adolescent boutonneux, moqué par le cinéphile blasé, le film d'horreur se veut chic en se donnant des airs de film d'auteur. Et il est vrai, soyons honnête, que ce genre marqué bien souvent par le sceau du « grand n'importe quoi » recèle parfois de véritables bijoux cinématographiques. On peut citer par exemple Les Innocents de Clayton et Morse d'Alfredson qui ont réussi l'élégante revisite d'univers horrifiques aussi classiques que balisés (film de fantôme, de vampires). C'est à cette prouesse que Joachim Trier ambitionne en remettant au goût du jour le mythe de la sorcière et les différentes représentations qui lui sont associées. Car cette appellation fourre-tout a bien souvent été utilisée pour mettre des mots, des étiquettes, sur ce que la société ne pouvait ou ne voulait pas comprendre. Au fond, la « sorcière » d'hier n'est-elle pas la « démente » d'aujourd'hui ? Tout dépend si on se place d'un point de vue mystique ou psychologique, irrationnel ou rationnel. C'est justement cette ambivalence que le cinéaste norvégien tente d'exploiter, laissant planer le doute sur la nature même de la dénommée Thelma (être possédé par le malin ou corps en souffrance), questionnant nos représentations sociales sur celui qui est différent, afin d'explorer une nouvelle fois cette thématique de l'identité qui semble unir ses différents films (Oslo, 31 août, Back Home).

Cette notion d’ambiguïté, sur laquelle s'appuie tout bon film fantastique, est d'ailleurs magnifiquement introduite par un préambule en tout point glaçant : un homme armé et une fillette traversent un lac gelé, avant de s'enfoncer dans la forêt. L'homme vise une biche puis dirige son fusil vers l'enfant, avant de se raviser au dernier moment... En une poignée d'images, sans avoir recours au dialogue, Joachim Trier vient de mettre en condition son spectateur qui va attendre du récit à venir la réponse à cette simple question : la fillette est-elle une menace à éradiquer ou une victime dont les souffrances doivent être abrégées ?

Seulement après cette entrée en matière pour le moins intrigante, Thelma va avoir toutes les peines du monde pour maintenir un semblant de mystère et, par la même occasion, l’intérêt de son spectateur.

Avant de creuser plus amplement son propos, et de tenter la conciliation entre film fantastique et psychologique, Thelma évolue sous la forme d'un banal récit d'apprentissage : la jeune Thelma quitte le cocon familial et son cadre religieux rigoriste pour aller vivre dans la grande ville, lieu de toutes les perversions... L'évolution de l'histoire est alors prévisible et Trier n'évite pas les clichés en mettant à l'épreuve son héroïne à travers ses premières expérimentations (alcool, tabac, sexe). Fort heureusement le film gagne en consistance lorsqu'il concentre son attention sur la découverte de la sexualité, les premiers émois amoureux et pose en filigrane la question de l'identité, pour son héroïne et à travers elle, pour la société Norvégienne dans son ensemble. Bien sûr, l'allégorie est évidente mais Trier parvient à soulever des questions de fond : à travers les crises de Thelma se devinent la crise identitaire d'un pays tiraillé entre modernité et tradition, entre vision progressiste (le cadre urbain, le brassage culturel, les lieux du savoir) et rétrograde (la campagne, le dogme religieux).

Pour ce faire, le film évolue sur deux registres différents, convoquant les principes du film fantastique (climat d'étrangeté, phénomène inexpliqué, possible pouvoir surnaturel) et du drame psychologique (névrose, résurgence des traumas anciens, poids de l'héritage parental, possible maladie neurologique), pour un résultat malheureusement un peu inégal. Même si la tension initiale s'évapore rapidement, Trier parvient à créer un véritable climat d'étrangeté en rendant floue les frontières entre le réel et l'onirisme, en faisant malicieusement communiquer les éléments propres au fantasme avec ceux que l'on sait parfaitement réel (une piscine se transforme en piège, une étreinte devient venimeuse, des objets anodins (cheveux, lustres...) annoncent la survenu d'un danger). Il peut également compter sur son actrice principale, Eili Harboe, dont le visage calme et lumineux renforce à merveille l'ambiguïté de son personnage. Si on peut regretter des allusions cinématographiques un peu trop insistantes (De Palma, Hitchcock) et l'emploi de symboles parfois grossiers (les serpents, les oiseaux...), on se réjouit néanmoins des trouvailles visuelles qui viennent joliment souligner le propos (exaltation du froid de la nature, de l'ambiance clinique des lieux traversés (l'appartement, la piscine, l'hôpital), jeux sur les couleurs ou luminosités (le sang qui se mêle au lait, le rouge à lèvres qui tranche avec la blancheur du visage...)).

Thelma serait véritablement réussi si le récit ne donnait pas l'impression de trop se disperser (le passage d'un registre à un autre n'est pas toujours heureux) et surtout, s'il n'avait pas eu la mauvaise idée d'éventer son mystère à mi-parcours. En livrant prématurément les clefs de l'énigme, Trier brise toutes ambiguïtés et sabote l'intérêt de son intrigue. Les crises de Thelma n'intriguent plus, pire elles sont réduites à des métaphores lourdement psychologisantes... Pour faire vivre un film fantastique, il faut savoir stimuler l'imaginaire, jouer sur les non dits et l'allusif. Thelma n'est pas un mauvais film, c'est simplement la copie d'un élève tellement appliqué qu'il reste gentiment prisonnier de son sujet : tout est trop propre, trop lisse, trop aseptisé comme si la patine auteuriste qu'il s'est efforcée de construire avait effacé aussi bien les aspérités que les émotions. À la fin du film, on peut être d'autant plus déçu que Trier sait se montrer brillant lorsqu'il ne lorgne pas du côté de Bergman ou de De Palma. En effet, c'est lorsqu'il s'échappe du registre fantastique pour aller vers le romanesque, retranscrivant sur l'écran la délicate attirance qui s'exerce entre deux femmes, que Thelma nous subjugue vraiment. La relation entre Thelma et Anja est de celle qui flatte l'imaginaire et Trier lui offre ses plus belles scènes : une ambiance éthérée en boite de nuit qui rappelle Oslo, des visages qui s'illuminent sous le feu de la passion, et bien sûr cette fameuse séquence de l'opéra où les déflagrations musicales renvoient à celles des sentiments.

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